Le modèle politique de Westminster : Une inspiration pour le Maroc
Auteur : Hachem Ben Essalah
Renforcer la Responsabilité Ministérielle par un Modèle Hybride
Améliorer l’Action Publique au Maroc : L’Inspiration du Modèle de Westminster
Le Maroc, fort de son modèle institutionnel stable, réfléchit aujourd’hui aux moyens d’améliorer l’efficacité et l’équité de son action publique. Ce document explore comment certaines pratiques du modèle de Westminster, intégrées de manière ciblée, peuvent renforcer l’ancrage territorial et la responsabilité ministérielle. L’objectif n’est pas d’adopter un système étranger, mais d’identifier des leviers pertinents pour soutenir la convergence sociale, économique et territoriale du pays.
1. Contexte
Alors que le Maroc se prépare à répondre à la décision du conseil de sécurité de l’ONU concernant sa souveraineté sur le Sahara et que des changements de la façon dont les régions sont actuellement gérées, y compris selon la constitution de 2011, sont envisageables, il serait profitable de saisir cette occasion pour remédier à certaines lacunes de ladite constitution concernant le travail du gouvernement.
Cet essai se penche sur comment le Maroc peut s’inspirer, sans les copier, de modèles et de pratiques
exemplaires pour rendre son gouvernement plus responsable et surtout redevable au parlement et aux électeurs pour l’équité territoriale alignée avec la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste.
2. Développement
L’architecture institutionnelle d’un système politique détermine de manière significative la représentativité des pouvoirs publics, la réactivité des politiques publiques et la répartition équilibrée du développement national. La Cinquième République française et le modèle britannique parlementaire de Westminster constituent deux cadres démocratiques majeurs, chacun offrant des mécanismes distincts en matière d’imputabilité, de légitimité ministérielle et d’intégration territoriale.
Pour le Maroc, engagé dans un processus de transformation profonde et déterminé à réduire les disparités structurelles entre ses régions, cette comparaison revêt une importance particulière. Elle s’inscrit pleinement dans les orientations stratégiques de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui appelle à un modèle de développement intégré, équitable et cohésif permettant à l’ensemble des citoyens et des territoires de bénéficier des progrès du pays.
Dans le modèle de la cinquième république française dont s’est toujours inspiré le Maroc, les ministres ne
sont pas obligatoirement des membres élus du Parlement et leur nomination provient souvent du corps des
hauts fonctionnaires, de technocrates ou de dirigeants publics et politiques. Ce mode de sélection garantit
un haut niveau de compétence technique, mais contribue à renforcer la centralisation institutionnelle et
limiter le lien direct entre les ministres et les réalités territoriales. Ce modèle tend ainsi à concentrer
l’autorité politique à Paris, avec des incitations limitées pour que les ministres défendent les priorités de
territoires qu’ils ne représentent pas directement.
Comparer Westminster et le Modèle Français : L’Ancrage Local au Cœur de la Gouvernance
Le modèle de Westminster, quant à lui, adopte une logique différente puisque tous les ministres doivent être des membres élus du Parlement avant leur nomination ce qui les poussent à exercer une double responsabilité : envers le Parlement et envers les citoyens de leur circonscription électorale ce qui garantit un lien constant et institutionnalisé entre l’exécutif et les besoins des territoires. Ce modèle impose de fait une forte sensibilité aux réalités locales, les ministres devant répondre des performances sociales, économiques et infrastructurelles de leur région.
La tradition administrative française repose sur un État fortement centralisé, où l’essentiel des décisions se prend à Paris. Malgré l’existence de certains mécanismes visant à intégrer les priorités régionales dans les politiques nationales, ceux-ci restent encore insuffisants pour assurer une prise en compte équilibrée des besoins des différents territoires.
À l’inverse, le modèle de Westminster produit des gouvernements composés de représentants issus d’une grande diversité géographique, ce qui assure une distribution plus équilibrée du leadership exécutif tout en encourageant des politiques publiques davantage ancrées dans les réalités socio-économiques locales.
Un des avantages de ce modèle, c’est qu’il intègre naturellement la diversité territoriale au cœur de l’action gouvernementale et limite l’asymétrie entre régions favorisées et régions en difficulté.
Diversité Territoriale et Responsabilité Ministérielle : Leçons du Modèle de Westminster
Dans le modèle de Westminster, l’équité territoriale à laquelle a fait référence Sa Majesté le roi dans le dernier discours du trône est un élément essentiel. L’exécutif, en l’occurrence le gouvernement, reflète l’ensemble de la carte géographique nationale, et non uniquement les pôles urbains les plus influents.
Mais le point le plus important dans ce modèle réside dans l’imputabilité renforcée de l’exécutif vis-à-vis des territoires, ce qui fait en sorte qu’un ministre ne peut ignorer les manquements de sa circonscription sans en subir les conséquences politiques.
Dans un tel contexte, les partis politiques doivent développer des cadres crédibles dans toutes les régions, ce qui renforce le pluralisme et l’efficacité de la représentation et empêche que les investissements se concentrent uniquement dans quelques régions privilégiées.
Le Maroc a enregistré d’importants progrès au cours des deux dernières décennies dans les domaines de l’infrastructure, de l’industrie, de l’énergie renouvelable, de la logistique, de la digitalisation et de la protection sociale. Toutefois, des disparités territoriales persistent : les régions de l’ouest et du nord (l’axe Casablanca-Tanger), affichent une dynamique plus soutenue que d’autres territoires qui peinent à réaliser
leur plein potentiel. Cette problématique se situe au cœur du projet de société porté par Sa Majesté le Roi, axé sur la justice territoriale, l’égalité d’accès aux opportunités et aux services et la mise en œuvre du Nouveau Modèle de Développement.
L’imputabilité directe des ministres à leur circonscription encouragerait une allocation budgétaire plus équitable tout en renforçant l’attention portée aux infrastructures, à l’éducation, à la santé et à l’emploi dans les régions moins développées
3. Conclusion
Pour conclure, je dirais que le Maroc dispose d’une identité institutionnelle forte et d’un modèle
politique stable. L’objectif n’est pas d’importer un système étranger mais de tirer parti de bonnes
pratiques qui favorisent l’inclusion territoriale et la réduction des inégalités.
L’intégration ciblée de certains mécanismes issus du modèle de Westminster, notamment la nomination de ministres disposant d’un ancrage électoral territorial pourrait contribuer à renforcer l’équité entre les
régions, améliorer la représentativité des politiques publiques et accélérer la convergence économique et sociale pour s’aligner avec la vision stratégique de Sa Majesté le Roi, pour un Maroc uni, équilibré et prospère.
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